Sadhguru. Qui est-ce ? Avec ses turbans et ses châles de couleur, sa barbe de prophète et son regard malicieux, l’homme perpétue, à 69 ans, l’image sans âge d’un sage venu des profondeurs spirituelles de l’Inde. Le maître indien aux vingt millions de followers, qui ne rechigne pas à apparaître en yogi rebelle sur une Fat Boy, anime des sessions de yoga dans le monde entier. Il est à l’origine de la journée mondiale du yoga, célébrée tous les 21 juin. Je l’ai rencontré aux États-Unis en 2023, dans son ashram du Minnesota, pour une retraite de quelques jours. Cette personnalité charismatique conseille les grands – Will Smith comme des hommes politiques… Le yogi superstar, héritier d’une science physique autant que mentale pratiquée depuis 15 000 ans, estime qu’en 2050, plus de la moitié de la population mondiale pourrait pratiquer cette discipline, inscrite au patrimoine mondial de l’humanité. À cet égard, Sadhguru a fait du yoga un instrument du soft power indien. Je me souviens d’un échange, au cours de cette retraite, qui est resté dans mon esprit comme la clé de sa conception de la vie. À l’un des intervenants qui l’avait interpellé en lui demandant : « Comment peut-on trouver la paix dans un monde en guerre ? », il avait répondu, non sans un sourire dans les yeux, « parce que vous croyez que la guerre, c’est nouveau ? » Peut-être est-ce le fond de la sagesse de Sadhguru que de nous réinscrire dans une temporalité propre à nous arracher de l’actualité. Pour Sadhguru, l’homme doit se mesurer à un temps qui le dépasse. Nous avons en nous une part d’intemporel. C’est probablement la raison pour laquelle il a fait de la défense de l’environnement une priorité de son action, en pariant sur des initiatives qui n’ont de sens qu’à très long terme. Comme la plantation de 25 millions d’arbres dans une région déboisée du sud de l’Inde, ou la croisade engagée pour sauver les sols (Save Soil)… Yoga ne signifie-t-il pas union ? En défendant une vision du yoga conçu comme science de l’union de l’individu avec son environnement, il a pesé dans la COP 29 au Brésil. « Sans air, nous mourons. Sans cette pellicule de terre que nous cultivons, nous mourons… Sans cette union avec la vie qui nous entoure, nous ne sommes rien. » C’est en visioconférence que je le rencontre, depuis Paris, en direct de son ashram de Coimbatore dans le sud de l’Inde, au cœur de sa Fondation Isha. Il fait beau, il est installé dans une prairie, sur une sorte de petit autel.
BRUNO DANTO
Comment définiriez-vous la réussite, aujourd’hui, pour un homme ?
SADHGURU
Il n’y a pas d’homme moderne. Chaque époque se croit moderne. Nous sommes juste contemporains. La réussite sociale, c’est comparer : si vous avez un milliard et que j’ai un trillion, j’ai réussi et vous avez échoué. Autrement dit, la réussite sociale, c’est jouir de l’échec de l’autre. Mais ce n’est pas une réussite, c’est une maladie. Une vie réussie, c’est être assis ici, comblé, joyeux, paisible, aimant, extatique par votre propre nature. Vous ferez alors de votre mieux. Si nous ne faisons pas ce que nous sommes capables de faire, nous sommes un désastre. Faire de soi un ciel intérieur au point de ne pas avoir besoin de paradis, et se demander : et si nous étions déjà au paradis, en train d’y mettre le chaos ?
BRUNO DANTO
Les médias et la performance accélèrent tout. Quelles qualités cultiver pour rester humain ?
SADHGURU
Le média n’a plus le même pouvoir qu’avant. Chacun est devenu un média via les réseaux sociaux. Le cœur du problème est que nous fabriquons des châteaux de sable. L’imagination est admirable jusqu’au moment où l’on prend cette construction mentale pour la réalité, puis qu’on vive dedans. Il faut comprendre que ce que vous faites dans votre tête est un processus psychologique, pas une vérité existentielle. Vous pouvez imaginer un tigre, une montagne, ce n’est pas réel. La seule chose vraiment significative que vous possédez, c’est la vie en vous. Le reste est une forme d’imagination. Nous améliorons le corps, le mental, le statut social… Mais nous n’améliorons pas la vie qui est en nous. Or, pour la première fois, pour une grande partie de l’humanité, la survie est mieux gérée que jamais, c’est le moment où la conscience doit fleurir.
BRUNO DANTO
Quelle responsabilité avons-nous envers l’amour, envers nos conjoints, notre famille, nos amis ?
SADHGURU
La plupart des relations se forment à partir de besoins physiques, psychologiques, émotionnels...
Pour lire la suite de l'article, retrouvez le magazine en kiosque dès le 25 mars 2026.
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