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PETITS CHIENS, GRANDS HOMMES

ILS TENAIENT JADIS DU CAPRICE MONDAIN. ILS SONT DEVENUS UN MANIFESTE INTIME . DE CHARLES LECLERC À DWAYNE JOHNSON, LE PETIT CHIEN RÉVÈLE DÉSORMAIS LE GRAND HOMME. UNE HISTOIRE DE STYLES, D’ÉCHELLES ET DE MASCULINITÉ RÉINVENTÉE.

BY ESQUIRE FRANCEPUBLISHED ON : MARCH 20, 2026

Paul Lavel, cofondateur de l’agence Radical PR, et son petit chien Dane.

LUDOVIC DE SAINT SERNIN

Ludovic de Saint Sernin est un styliste à l’allure de prince de la Renaissance. Longue tige, élégantissime, longs cheveux bouclés, il ne marche pas. Il se meut. Il est accompagné de son cocker anglais. « On se ressemble, vous ne trouvez pas ? C’est pour cette raison que je l’ai choisi. Je l’ai même appelé “Louis”. Parce que c’est la forme simple de “Ludovic”. En vérité, quand je l’ai pris, je l’imaginais plus petit. Je voulais pouvoir l’emmener partout. Je pense que le prochain sera un teckel à poils longs. »

LUCIEN PAGÈS

Le pape des RP tient au bout d’une laisse triple ses carlins. Les petits chiens au mufle écrasé, aux yeux globuleux, à la drôle de langue pendante rose, à la respiration bruyante, s’agitent. Il  y a Marius, Sartre, qui a hérité son nom du strabisme divergent du philosophe, et Ursula « comme Ursula Andress ». « Je pense qu’il y a des gens à carlins. C’étaient les animaux de compagnie des princesses chinoises. La reine Victoria en possédait également. Valentino les emmenait partout, sur ses yachts, dans ses jets. »

Aux grands hommes,les petits chiens reconnaissants. La paire peut faire sourire. Historiquement, les petits chiens, c’était pour les femmes. Ah ! Les « poupette », les « miette », les « p’tit bout », les « choupette » ou (pire) les « choupinou » ! Ces appellations décidément non contrôlées claquaient dans les rues. Combien de chihuahuas, de spitz nains, de caniches toys, de bichons frisés, de pékinois tiraient leurs jolies maîtresses sur les trottoirs parisiens ? La peinture du xviiie siècle en avait même déduit un stéréotype, véritable objet licencieux comme dans la toile de Jean-Honoré Fragonard, Jeune fille avec un chien (1770-1775). La belle, à moitié nue sur sa couche nacrée, joue avec son petit chien. C’est charmant. Que farfouille-t-il donc le doudou, boule de poils polissonne, sous les dentelles, qui fait rougir la jeune fille ? Bref le petit chien avait quelque chose de coquin, de mièvre, en décalage alors avec les codes de la masculinité. Le monsieur des années 1960, lui, s’affichait avec un berger allemand ou, dans les dernières années du xxe siècle, préférait des chiens puissants, rugueux : pitbull, rottweiler, doberman. L’homme en tirait un surcroît d’affirmation virile. Cette époque est révolue. Le grand homme – baraqué ou célébre – n’a plus peur des petits chiens. Il se promène sans honte avec un teckel – comme Charles Leclerc, le pilote de Ferrari ...

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