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Les 7 Tabous du Rose

LE ROSE DÉRANGE ENCORE. POLITIQUE, SOCIAL, ESTHÉTIQUE  : IL CONCENTRE DES PEURS QUI DÉPASSENT LA MODE. DU PREPPY AMÉRICAIN AUX PODIUMS RADICAUX DE VALENTINO, IL EST REDEVENU UN TERRITOIRE DE CONQUÊTE. ESQUIRE EXPLORE LES SEPT TABOUS QU’IL A FALLU BRISER POUR LUI RENDRE SA PLACE DANS LE VESTIAIRE MASCULIN.

BY ESQUIRE FRANCEPUBLISHED ON : MARCH 20, 2026

Aux USA, un pull rose de Noël a suffi pour agacer la toile en décembre dernier. Les conservateurs se sont étranglés. C’est bon pour les fiottes du parti démocrate ! Pas pour les gars Maga ! L’homme a encore à lutter contre les préjugés. Et pourtant le rose preppy a son cintre dans le vestiaire des étudiants américains – avec, entre autres, l’intemporel polo rose de chez Ralph Lauren. En le portant, la bourgeoisie « Cap Canaveral » des années 1950 et 1960 incarnait une furieuse confiance dans le progrès. Après tout, un pays qui s’était mis en tête de décrocher la lune pouvait se permettre des excentricités. Aujourd’hui le rose revient, mais dans des temps bien sombres. Il a, dit-on, un singulier pouvoir d’attraction. Et dans sa version pastel, un fluide quasi mystique ! Une couleur planante.

Qui sait quel philtre rose a ingurgité Pierpaolo Piccioli, le styliste italien, pour rêver le stupéfiant défilé de la collection Valentino automne-hiver 2022-2023 ? Le résultat, c’est qu’il en a fait un manifeste historique, affichant le PinkPP, un rose fuchsia spécialement créé avec Pantone, comme la couleur monochrome du monde : vêtements, objets, décor même du défilé. Quelque chose entre une œuvre de Donald Judd et un film de Jacques Demy ! Depuis, le rose, comme un sortilège, a gagné la mode masculine.

Les collections 2025-2026 de Dior, Louis Vuitton, Auralee et bien d’autres osent le rose. Les montres suisses Tudor ont aussi lancé en 2024 la Tudor Black Bay Chrono Pink – avec son beau cadran rose pastellisé. Un succès mondial, parti d’un cadeau d’anniversaire pour leur ambassadeur chinois, Jay Chou, une star dingue de rose… Esquire détaille les 7 tabous qu’il aura fallu renverser pour remettre le rose au goût de l’homme élégant.

MATT DAMON, JUDE LAW ET GWYNETH PALTROW À L’AFFICHE DU FILM LE TALENTUEUX MR. RIPLEY (1999).

01. Le rose est une couleur de femme.

Voilà le tabou premier dans des sociétés viriles. Pas question pour les hommes des xixe et xxe  siècles d’enfiler un habit rose. Le rose, couleur tendre, est trop « girly », comparé au rouge, au bleu, au vert. Il manque de testostérone. En l’adoptant, les hommes risqueraient la débandade. Faire entrer le rose dans le vestiaire des hommes, c’est brouiller la distribution colorée du masculin et du féminin qui s’est imposée depuis la fin du xviiie  siècle. Comme le remarque Michel Pastoureau, l’historien des couleurs, le phénomène est parti, chose curieuse, d’un livre, un best-seller romantique, Les Souffrances du jeune Werther, de Goethe. Charlotte, l’héroïne, porte une robe avec des rubans roses. Ces rubans vont suffire à influencer des générations de femmes et à faire du rose l’emblème du féminin. Le xixe  siècle puis le début du xxe perpétuent le code. D’autant que pour les vêtements d’enfants – bleu layette pour les garçons, rose pour les filles –, l’invention de la machine à laver dans les années 1930 permet de ne plus faire bouillir le linge, pratique incompatible avec la conservation de couleurs fragiles comme le rose. Quand la technologie vient en soutien de l’imaginaire…

02. Le rose est une couleur de mauvais goût.

Pas recommandé pour le dressing de l’homme élégant. Trop ostentatoire, il rompt le pacte de discrétion imposé aux hommes dans l’espace public. L’homme de goût a longtemps été un individu à la livrée austère. Après la Révolution, les vêtements sombres de la bourgeoisie (visibles dans les toiles impressionnistes de Gustave Caillebotte) contrastent avec les parures rose pastel d’aristocrates marivaudant dans les toiles rococo. Encore que ! La tenue rose tient la corde en Angleterre, et depuis longtemps ! Le photographe Martin Parr s’est amusé à chasser partout en Angleterre des tas d’hurluberlus vêtus de couleurs flashy. Ses images loin d’épingler le mauvais goût supposé d’un costume tout rose, sont dopées à la culture « british » : ici on respire l’excentricité et la provocation – glamrock, Monty Python ou Vivienne Westwood. Marque de fabrique d’une société farouchement attachée à la liberté individuelle. S’habiller, comme on veut, pour s’affirmer et contester avec flegme tous les conformismes. Outre-Manche, le rose, c’est rosse !

03. Le rose est une couleur frivole.

Pas sérieux. Est-ce qu’on écouterait un chef d’entreprise, un homme politique, un juge en rose ? Est-ce qu’on prendrait au sérieux une équipe de rugbymen, pour un sport aussi rugueux que le rugby, si les joueurs enfilaient un maillot rose ? Le Stade français n’a pas eu cette crainte. Ce fut un pari gonflé. En 2005, suivant l’audacieuse stratégie marketing de son président, Max Guazzini, les joueurs troquent la livrée aux couleurs traditionnelles de Paris (rouge et bleu) pour celle au rose franchement flashy qu’on lui connaît aujourd’hui. Il s’agissait d’attirer les femmes et les enfants vers ce sport jugé trop brutal. Bref d’en faire un jeu d’enfants !

Pour lire la suite de l'article, retrouvez le magazine en kiosque dès le 25 mars 2026.

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