Advertisement

Deauville — Le week-end parfait

« Deauville, c’est l’Amérique sans y aller », déclarait en 2019 le cinéaste Claude Lelouch. Et une Amérique proche.. Texte Thierry Grillet, Photo Arnaud Juherian

BY Thierry GrilletPUBLISHED ON : MARCH 20, 2026

DEAUVILLE, LES HAMPTONS FRANÇAISES?

À DEUX HEURES DE PARIS, EN TRAIN COMME EN VOITURE. UNE ÉCHAPPÉE DANS UNE VILLE GLAMOUR, IMMORTALISÉE PAR LE SUCCÈS PLANÉTAIRE DU FILM UN HOMME ET UNE FEMME, DU MÊME LELOUCH, EN 1966. DEAUVILLE, LES HAMPTONS FRANÇAISES?

Peut-être est-ce la magie de Deauville que d’entretenir le cliché américain. En faisant graver, année après année, sur les barrières à croisillons des cabines de bain, l’annuaire de gloires hollywoodiennes ; ou en empruntant aux cabanes de sauveteurs des plages californiennes leur esthétique si caractéristique pour son poste de secours, petit bungalow vert d’eau sur pilotis, planté en 2024 dans le sable face à la mer. Comment Deauville échapperait-elle à cet imaginaire lointain! Ne serait-ce que parce qu’elle accueille depuis plus de cinquante  ans maintenant, le Festival du cinéma américain… Deauville, ce sont les Hamptons en France. C’est-à-dire une manière de vivre la grande ville – Paris ici, New-York là-bas – et de l’étirer jusqu’à la mer. Les urbains usent ainsi du désir du rivage. Ils ont transformé ce territoire du vide en une extension de sable. Paris pousse sa corne jusqu’à l’estuaire de la Touques. Manhattan aménage son arrière-cour sur la péninsule à l’est de Long Island. Dans un livre très pop, Paris vs New-York, Vahram Muratyan soulignait l’évident jeu de miroir entre Deauville et la célèbre région chic dans l’État de New-York. Sans doute ce rapprochement se justifie-t-il par la physionomie des populations fréquentant ces deux villégiatures. Personnalités en vue, acteurs, financiers, artistes célèbres... La comparaison s’arrête là. À Deauville, les animateurs vedettes, les comédiens, les humoristes ou les capitaines d’industrie préservent leur intimité. « Pour être juste, il faut distinguer », précise Béatrice, passionnée par la plage de Deauville, qu’elle photographie presque tous les jours. « Les Hamptons ne vivent que l’été. Et les estivants s’y répartissent sur un long chapelet de petites villes – Amagansett, Montauk, Sag Harbor, East Hampton, etc. Mais aucune ne ressemble à Deauville. Les Hamptons, ce sont de grosses maisons blanches solitaires face à l’Atlantique. Deauville, c’est une petite ville, sortie des garennes au xixe  siècle, d’emblée pensée par son fondateur, le duc de Morny, selon un urbanisme très moderne – les bains de mer, la ville et les champs de courses. » Mais l’essentiel n’est pas matériel ; une partie de l’identité de Deauville tient à ce que les gens y viennent en toutes saisons. Avec un goût prononcé pour les lumières trempées de l’automne. « Les photos de mode de Dominique Issermann, prises sur la plage, illustrent bien cette humeur mélancolique, capturant des silhouettes évanescentes, vibrations brumeuses découpées sur des perspectives infinies. Dans son dernier film, tourné à Deauville, Valeur sentimentale (présent aux Oscars cette année), Joachim Trier a justement attrapé cette atmosphère singulière », explique Dimitri Beck, rédacteur en chef photo du magazine Polka, grand habitué de Deauville. Les Hamptons baignent, eux, dans la lumière crue, blanche, horizontale, de l’Atlantique. C’est Boudin contre Hopper ...

Arnaud Juherian

Pour lire la suite de l'article, retrouvez le magazine en kiosque dès le 25 mars 2026.

Les kiosques
Advertisement - Continue Reading Below
Advertisement